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Le commerce verticale et la compétitivité

Libres échanges, 2012


Les données sur les exportations présentement disponibles attribuent la valeur ajoutée totale au dernier pays qui exporte. Or, cette mesure surestime la valeur des exportations pour le pays exportateur car elle comptabilise la valeur des biens et services chaque fois qu’ils passent une frontière. Dans certains cas, les composantes d’un produit ou d’un service peuvent ainsi être comptées deux ou trois fois. Il se peut aussi qu’un intrant comprenne non seulement des biens intermédiaires mais aussi des biens finis.

Aussi, nous prônons depuis nombre d’années d’utiliser plutôt des données reposant sur la notion de commerce vertical soit en tenant compte des intrants importés servant dans les exportations et des intrants domestiques exportés pour revenir dans les biens importés.

À titre d’exemple on devrait tenir compte de la valeur des pièces aérospatiales américaines importées et utilisées au Canada pour produire des avions qui sont exportés, tout comme on devrait comptabiliser les composantes de Blackberry exportées aux É.U. pour assemblage et qui reviennent au Canada à l’intérieur d’un produit fini destiné à la vente au détail.

Dans une note méthodologique, le Conference Board du Canada[i] estime en partant de données sur le commerce vertical du Canada :

  • a) que la part canadienne du commerce mondial est surestimée de 31% par rapport à ce qu’indique les données conventionnelles sur le commerce international ;
  • b) que la part américaine du commerce international avec le Canada serait elle aussi surestimée ; elle se situerait à 61,8% plutôt qu’à 67% avec les données brutes sur le commerce international ;
  • c) que la part des services et des PME seraient plus importantes dans nos relations commerciales que ce qui est présentement estimé avec les données conventionnelles.

Des travaux de recherche de l’International Trade Commission des États-Unis indiquent que la prise en compte de la valeur ajoutée indirecte provenant des PME fait augmenter leur part des exportations américaines à plus de 30%. De même, selon les données tenant compte de la valeur ajoutée le surplus de la Chine avec les États-Unis serait de 40% inférieur à celui estimé avec les données brutes sur le commerce international, ce qui projette un nouvel éclairage sur la question de la sous-évaluation du yuan ! Si les mêmes rajustements des données doivent être faits au Québec et au Canada, plusieurs politiques et programmes devront être révisés.

Une étude récente du Ministère du Développement économique, de l’innovation et de l’exportation (MDEIE) et de l’ISQ[ii] présente des renseignements obtenus à l’aide du modèle intersectoriel du Québec. Cette étude exclut les réexportations dans le total des exportations québécoises. Les résultats ne sont pas ceux que l’on obtiendrait avec la définition du commerce vertical que nous proposons plus haut mais ils sont très pertinents à notre propos. On y apprend qu’en 2007 chaque dollar d’exportations était constitué de 23% importé de l’international et de 14% provenant du reste du Canada. On y apprend aussi que les exportations sont responsables de 28,6% de l’emploi total et de 72,7% de l’emploi manufacturier du Québec. La valeur ajoutée des exportations québécoises, soit 87,7 milliards de dollars, représentait 31,6% du PIB du Québec en 2007.

Il nous apparait donc essentiel de générer et d’analyser des données sur le commerce vertical afin de mieux connaître l’ampleur réelle de nos relations commerciales avec les différents pays, de bien identifier les pays concurrents ou complémentaires, de mieux identifier les forces et faiblesses de notre économie, et de bien estimer les liens entre le commerce international et la création d’emploi car la part du commerce vertical varie selon le secteur.

Plusieurs autres raisons militent en faveur de la production et de l’utilisation de données sur le commerce vertical : la mondialisation des processus de production sous l’influence des accords de libre échange, la diminution des tarifs et des barrières non tarifaires, les nouvelles technologies, le poids grandissant des pays émergents, la spécialisation accrue dans divers segments de la chaîne de valeur ajoutée. Ces divers facteurs font en sorte qu’une part grandissante des importations entre dans la production domestique et dans les exportations[iii].

Heureusement, l’OMC et l’OCDE annoncent qu’elles travaillent à l’élaboration d’une banque de données entrée-sortie mondiale qui contiendrait des renseignements sur le commerce vertical et ce, en s’inspirant entre autre des travaux de l’Eurostat.

CONCLUSION

Une connaissance poussée des chaînes de valeur ajoutée est essentielle pour mettre en application des stratégies de spécialisation permettant d’occuper des segments industriels susceptibles de permettre une productivité accrue, des produits à meilleur coût et des emplois au pays. Des études doivent être réalisées au niveau des tâches et des spécialisations pointues qui n’apparaissent pas dans les classifications industrielles agrégées. Aussi, il est indiqué de s’associer aux travaux en cours à l’OMC, à l’OCDE et à l’Eurostat. Notre compréhension de la réalité économique, et notamment l’importance des services et des PME, ne pourrait qu’augmenter. Éventuellement, ces connaissances améliorées pourraient conduire à des ajustements aux politiques industrielles et commerciales et aux programmes d’aide.

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